Qu’est-ce que la maladie de Crohn?
Les MII ne concernent pas seulement les adultes, car depuis 1995, le nombre de diagnostics chez les enfants de moins de 10 ans a presque doublé (3). Ce sujet m’interpelle particulièrement car mon père souffre de cette maladie depuis de nombreuses années, tout comme ma stagiaire en nutrition, Karène, qui a récemment reçu un diagnostic. Comme beaucoup de personnes nouvellement diagnostiquées, elle a ressenti le besoin de comprendre ce que cela signifiait pour son alimentation et son mode de vie.
C’est ce qui nous a donné le goût d’en savoir davantage sur le sujet.
La maladie de Crohn est une maladie inflammatoire chronique de l’intestin. Elle peut toucher différentes parties du tube digestif, de la bouche jusqu’à l’anus, mais cible le plus souvent l’intestin grêle et le côlon. L’inflammation peut provoquer des symptômes très variables d’une personne à l’autre.
Parmi les plus fréquents :
- Douleurs abdominales ou crampes
- Diarrhée
- Fatigue
- Ballonnements
- Perte d’appétit ou de poids
- Sensation d’inconfort au niveau du ventre
- Selles urgentes
D’autres manifestations peuvent apparaître selon l’évolution de la maladie, les zones touchées et la sévérité de l’inflammation (4,5).
Quels sont les causes et les facteurs de risque?
À ce jour, la cause exacte de la maladie de Crohn demeure inconnue. Contrairement à certaines croyances populaires, ni l’alimentation ni le stress ne causent la maladie. En revanche, ils peuvent influencer les symptômes et les périodes de poussée. La maladie semble plutôt résulter d’une interaction entre plusieurs facteurs, propres à chaque personne. Voici les 4 principaux facteurs de risque (3,6,7,8,9,10) :
- La génétique
Certaines personnes possèdent des variations génétiques qui augmentent leur susceptibilité à développer la maladie. Avoir ces gènes ne signifie pas que la maladie apparaîtra nécessairement, mais cela peut expliquer pourquoi la maladie est parfois présente chez plusieurs membres d’une même famille.
- Le système immunitaire
Chez les personnes atteintes de la maladie de Crohn, le système immunitaire peut réagir de manière excessive à certains stimuli, comme des bactéries, virus ou autres facteurs environnementaux. Plutôt que de ne cibler que l’élément perçu comme menaçant, le système immunitaire attaque aussi les cellules du tube digestif, ce qui entraîne de l’inflammation. Certaines bactéries présentes dans les intestins des personnes atteintes semblent être associées à cette réaction, mais on ne sait pas encore si elles contribuent au déclenchement de la maladie ou si elles apparaissent en réponse à l’inflammation.
- Microbiote et microbiome
Notre intestin abrite une grande diversité de micro-organismes, comme des bactéries, des virus et des champignons, que l’on regroupe sous le terme microbiote. Le microbiome, lui, correspond à tous les gènes de ces micro-organismes et aux fonctions qu’ils remplissent. Autrement dit, le microbiote décrit ‘’qui est présent’’, tandis que le microbiome décrit ‘’ce que font ces micro-organismes’’. Chez les personnes atteintes de la maladie de Crohn, le microbiome intestinal, c’est-à-dire le microbiote et son matériel génétique, est modifié. La diversité des micro-organismes est réduite et certaines fonctions bactériennes sont différentes de celles des personnes en bonne santé. Ces altérations pourraient influencer la réponse immunitaire et contribuer à l’inflammation chronique, mais on ne sait pas encore s’ils causent la maladie ou si c’est la maladie qui les provoque. Des facteurs comme l’usage d’antibiotiques peuvent aussi modifier le microbiome et potentiellement le risque de développer la maladie.
- Le tabagisme
Le tabagisme augmente non seulement le risque de développer la maladie, mais aussi la sévérité des symptômes (douleurs abdominales, diarrhées, ballonnements) et des complications, comme les sténoses (rétrécissement de l’intestin), les obstructions intestinales, les fistules, les fissures anales, ou les manifestations extra-intestinales, comme l’arthrite, les ulcères buccales, les uvéites, etc. (11)

Le rôle de l’alimentation dans le traitement de la maladie de Crohn
Pour beaucoup de personnes, les traitements médicaux sont au cœur de la prise en charge. Ces traitements peuvent inclure, par exemple, la prise de corticostéroïdes ou d’anti-inflammatoires. Ceux-ci visent à réduire l’inflammation, contrôler les symptômes, et prévenir les complications, telles qu’énumérées ci-haut. Dans certains cas, une intervention chirurgicale peut être nécessaire pour retirer une portion de l’intestin lorsque la maladie est sévère ou ne répond pas aux traitements (8).
Les traitements ne sont pas identiques d’une personne à l’autre. Certaines personnes n’auront besoin de médicaments qu’au moment d’une poussée, tandis que d’autres suivront un traitement sur le long terme.
L’alimentation, à elle seule, ne guérit pas la maladie de Crohn et aucun régime spécifique n’a démontré qu’il pouvait faire disparaître la maladie ou arrêter une poussée à lui seul (12).
Cela dit, l’alimentation demeure un outil important au quotidien, puisque lorsque bien adaptée, elle peut aider à réduire l’inconfort digestif, soutenir l’énergie, prévenir certaines carences nutritionnelles et améliorer la qualité de vie, particulièrement en période symptomatique.
Quoi manger selon les phases de la maladie de Crohn
La maladie de Crohn évolue souvent par phases : des périodes de poussée, où les symptômes sont plus présents, et des périodes de rémission, où ils s’atténuent. L’alimentation doit donc s’ajuster en fonction de ces périodes. Il n’existe pas une seule façon de se nourrir avec la maladie. Les tolérances varient énormément d’une personne à l’autre, d’où l’importance de personnaliser votre alimentation, en faisant des essais et erreurs (5).
1. Pendant une poussée
Lorsque l’inflammation est active, l’intestin devient plus sensible, ce qui peut entraîner des douleurs abdominales, des ballonnements, des gaz ou de la diarrhée. L’objectif est de limiter l’irritation digestive en choisissant des aliments faciles à digérer, tout en restant agréables à manger pour vous (13,14). Ici, on oublie les grands principes de saine alimentation! L’important est de manger les aliments que vous tolérez bien afin de maintenir le meilleur niveau d’énergie possible.
Certains aliments sont plus souvent rapportés comme déclencheurs de symptômes pendant une poussée. Lorsque l’intestin est déjà enflammé, certains aliments peuvent accentuer les symptômes (15) :
- les aliments riches en fibres (légumineuses, grains entiers, certains fruits et légumes)
- les aliments frits ou très gras (frites, plats en sauce ou gratinés)
- les desserts très sucrés
- les aliments épicés
- les produits contenant du lactose (lait, yogourt, fromage, etc.)
- la caféine et alcool
En général, les aliments suivants sont mieux tolérés pendant une poussée :
- les céréales raffinées (riz blanc, pâtes simples, pain blanc)
- les protéines maigres bien cuites (volaille, poisson, œufs, tofu)
- les légumes pauvres en fibres insolubles et bien cuits, sans la peau, comme les courges, les carottes, les pommes de terre, les patates douces, les haricots verts et les betteraves
- les fruits pauvres en fibres insolubles, comme la banane mûre, le cantaloup, les poires et pêches pelées ou encore les fruits cuits ou en purée, comme les compotes de pommes, de poires ou les fruits en conserve dans leur jus
Bien souvent, un aliment mal toléré pendant une poussée va être acceptable en période de rémission. Cela dit, pour certaines personnes, certains aliments seront toujours plus difficiles à tolérer. Il s’agit donc d’une maladie qui comporte beaucoup d’essais-erreurs pour éviter les restrictions inutiles, et qui demande à être personnalisée. Aussi, privilégiez les repas plus petits et plus fréquents, versus des repas plus copieux, selon l’appétit.
2. En période de rémission
Lorsque les symptômes diminuent et que l’inflammation est mieux contrôlée, les objectifs nutritionnels évoluent. Il ne s’agit plus uniquement de limiter l’inconfort digestif, mais aussi de renforcer l’état nutritionnel et de soutenir la récupération de l’organisme (13).
La rémission permet à l’intestin de mieux tolérer une plus grande variété d’aliments, ce qui donne l’occasion de réintroduire progressivement ceux qui avaient été évités pendant une poussée. Cela doit toutefois se faire pas à pas et selon la tolérance individuelle, car certains aliments peuvent rester difficiles à digérer pour certaines personnes.
En pratique, la réintroduction graduelle peut inclure :
- les aliments mis de côté pendant une poussée, en petites quantités et en observant les réactions (ex. : viandes rouges, pain complet).
- l’augmentation graduel de l’apport en fibres, lorsque l’intestin le permet, afin de diversifier l’alimentation et soutenir la santé digestive.
- la diversification des sources de protéines (viandes, poissons, œufs, légumineuses bien tolérées, produits laitiers ou substituts), afin de réparer les tissus, reconstruire la masse musculaire et favoriser la récupération, surtout s’il y a eu une perte de poids causée par des nausées ou des maux de ventre durant une la poussée.
- la réintroduction d’une plus grande variété de fruits, de légumes et de produits céréaliers à grains entiers, lorsque tolérés, pour reconstituer les réserves en vitamines et minéraux, prévenir les carences nutritionnelles et soutenir la santé globale à long terme.
En rémission, l’objectif n’est donc pas de suivre un modèle alimentaire rigide, mais de tendre vers une alimentation plus complète et nourrissante, adaptée à la tolérance et aux besoins propres à chaque personne.

Carences et fatigue
La fatigue est un symptôme fréquent de la maladie de Crohn. Elle peut être liée à l’inflammation chronique de l’intestin, mais aussi à des carences nutritionnelles causées par une moins bonne absorption de certains nutriments. Les personnes atteintes sont également plus vulnérables aux carences alimentaires en raison de différents facteurs associés à la maladie.
Concrètement, l’inflammation liée à la maladie peut endommager la muqueuse intestinale et réduire la surface disponible, surtout au niveau de l’intestin grêle où se fait la majorité de l’absorption des nutriments. Certaines zones de l’intestin peuvent aussi être rétrécies ou présenter des lésions, rendant le transit intestinal plus rapide, ce qui limite le temps d’absorption.
Avec le temps, cette malabsorption peut entraîner des carences en fer, vitamine B12, vitamine D et protéines, contribuant directement à la fatigue. Les carences en protéines sont aussi fréquentes en raison de plusieurs facteurs combinés : la malabsorption, l’inflammation chronique qui augmente les besoins en protéines, la diminution des apports alimentaires (nausées, diarrhées) et les pertes digestives (protéines perdues dans les selles).
Ces déficits (ou malabsorptions) peuvent avoir plusieurs conséquences :
- la carence en fer diminue la production de globules rouges et réduit l’apport en oxygène aux tissus, provoquant de la faiblesse et de l’essoufflement.
- la carence en vitamine B12 affecte la formation des globules rouges et le fonctionnement du système nerveux.
- la carence en protéines et en vitamine D peut altérer la fonction musculaire, diminuer l’énergie globale et ralentir la récupération.
La fatigue associée à la maladie de Crohn est donc souvent le résultat combiné de l’inflammation, de la malabsorption et de déficits nutritionnels (16,17).
Stratégies pour pallier à la fatigue
La fatigue persistante doit être prise au sérieux. Une consultation médicale permet d’évaluer la situation et de réaliser des analyses sanguines afin d’identifier des carences possibles. Ces résultats orientent ensuite les interventions médicales et nutritionnelles nécessaires.
Le rôle de la diététiste-nutritionniste est central. Les tolérances alimentaires et les besoins nutritionnels varient grandement d’une personne à l’autre. Il n’existe donc pas de régime universel. Un accompagnement personnalisé permet d’adapter l’alimentation selon les symptômes, l’état nutritionnel, le mode de vie et les préférences alimentaires, tout en assurant des apports nutritionnels et énergétiques suffisants.
Lorsque la supplémentation, par exemple en fer, en vitamine B12 et/ou vitamine D est envisagée, la collaboration avec le médecin et le pharmacien permet de choisir des produits appropriés, d’ajuster les doses et d’assurer un suivi sécuritaire basé sur les analyses sanguines.
Ressources pour en savoir plus
Vivre avec la maladie de Crohn peut soulever beaucoup de questions, d’inquiétudes et parfois un sentiment d’isolement. N’hésitez pas à demander de l’aide à vos professionnels de la santé.
Pour approfondir vos connaissances et trouver du soutien, plusieurs ressources existent au Canada. Crohn et Colite Canada est une excellente source d’information fiable et accessible sur la maladie de Crohn, les traitements, la nutrition, la gestion des symptômes et bien plus encore. Vous y trouverez des guides, des brochures et des outils pour mieux vivre avec une MII.
Plusieurs applications gratuites peuvent vous accompagner au quotidien :
- MonVentre (MyGut™) : une application développée par Crohn et Colite Canada qui permet de suivre vos symptômes, vos habitudes alimentaires, votre sommeil et d’autres facteurs de vie quotidienne, tout en accédant à des ressources éducatives personnalisées selon votre profil.
- Accès aux toilettes « Allez ICI » : une application et un programme de localisation de toilettes disponibles, ce qui peut être particulièrement utile lorsque vous savez que vous pourriez avoir besoin d’un accès rapide à des toilettes en déplacement.
Communauté et soutien
- Crohn et Colite Connect : une communauté en ligne gratuite où les personnes vivant avec une MII peuvent échanger, partager leurs expériences, poser des questions et trouver du soutien auprès de pairs qui comprennent ce que vous vivez.
En espérant que ces différents conseils vous permettront de vivre plus sereinement avec votre maladie. Merci à Karène Dubé-Paré, étudiante en nutrition, pour sa précieuse collaboration à la rédaction de cette chronique.
Références scientifiques :
- Kaplan GG, Windsor JW. The four epidemiological stages in the global evolution of inflammatory bowel disease. Nat Rev Gastroenterol Hepatol [Internet]. 2021 [cité 2026 Jan 15]. Disponible sur:https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC10478802/
- Crohn et Colite Canada. Crohn et Colite Canada publie le rapport sur l’impact des MII [Internet]. Canada: Crohn et Colite Canada; [cité 2026 Jan 15]. Disponible sur: https://crohnetcolite.ca/News-Events/News-Releases/Crohn-s-and-Colitis-Canada-releases-Impact-of-IBD
- Crohn et Colite Canada. Êtes-vous à risque de développer une MII? [Internet]. Canada: Crohn et Colite Canada; [cité 2026 Jan 15]. Disponible sur: https://crohnetcolite.ca/A-propos-de-ces-maladies/Etes-vous-a-risque
- Crohn et Colite Canada. Que sont les maladies inflammatoires de l’intestin? [Internet]. Canada: Crohn et Colite Canada; [cité 2026 Jan 15]. Disponible sur: https://crohnetcolite.ca/a-propos-de-ces-maladies/que-sont-ces-maladies
- Gouvernement du Canada. Maladie inflammatoire de l’intestin (MII) [Internet]. Ottawa: Santé publique du Canada; [cité 2026 Jan 15]. Disponible sur: https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies-chroniques/maladie-inflammatoire-intestin.html
- Auteur(s) inconnu(s). Title unknown. International Journal of Colorectal Disease. 2025;[cité 2026 Jan 15]. Disponible sur: https://link.springer.com/article/10.1007/s00384-025-04917-7
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- Feuerstein JD, Cheifetz AS. Crohn disease: Epidemiology, diagnosis, and management. Am Fam Physician. 2018;98(11):661-669. Disponible sur:https://www.aafp.org/pubs/afp/issues/2018/1201/p661.html
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