nutritionniste

TOUT SAVOIR SUR LE NOUVEAU SYMBOLE NUTRITIONNEL SUR LE DEVANT DE L’EMBALLAGE 

Depuis janvier 2026, Santé Canada a mis en place un nouveau logo obligatoire sur les emballages alimentaires. Ce symbole indique qu’un produit est élevé en sucres, en sel ou en gras saturés. En un coup d’œil, ce logo souhaite aider les consommateurs à repérer rapidement les produits à limiter et à prendre de meilleures décisions à l’épicerie. Mais est-ce réellement une bonne stratégie pour améliorer votre santé et celle de votre famille? Je vous partage mon avis à titre de nutritionniste.

La situation au Québec

Au Québec, beaucoup de personnes consomment encore trop de sel et de sucre, ce qui peut nuire à la santé (Le Devoir, 2025). Les principales sources de sel et de sucres ajoutés proviennent surtout des aliments transformés comme les soupes, les charcuteries, les plats préparés (frais ou congelés), les sauces et les condiments, les collations sucrées et les pâtisseries, ainsi que les boissons sucrées et gazeuses.

Pourquoi développer un nouveau symbole nutritionnel?

La consommation fréquente d’aliments riches en gras saturés, sucres ou sodium peut augmenter les risques de développer certaines maladies comme :

  • Les accidents vasculaires cérébraux (AVC)
  • L’obésité
  • Les maladies du cœur
  • Le diabète de type 2
  • L’hypertension artérielle
  • Certains types de cancer (colorectal, estomac, sein)

C’est donc pour aider les consommateurs à mieux gérer ces risques que ce nouveau logo a été créé. Il vise principalement à vous aider à faire des choix rapides et éclairés lorsque vous faites vos courses, sans avoir à analyser chaque étiquette nutritionnelle au dos des produits. Il souhaite aussi appuyer les professionnels de la santé lorsqu’ils conseillent la population.

Les produits qui doivent afficher ou non le nouveau logo

Le symbole nutritionnel sur le devant de l’emballage est obligatoire pour les aliments préemballés dont la teneur en gras saturés, en sucres ou en sodium ≥ 15 % valeur quotidienne (VQ).  

Certains aliments vendus en épicerie sont toujours exemptés du symbole nutritionnel. Cela signifie qu’ils n’ont pas besoin d’afficher le logo, même s’ils excèdent les seuils de 15%. Parmi ces produits figurent les matières grasses (beurre), les huiles, le sel et les sucres (sucre blanc, miel).

Il existe également des exemptions dites conditionnelles. Ces aliments sont exemptés seulement si aucun ingrédient ajouté ne dépasse certains seuils de nutriments. C’est le cas des :

  • Fruits et légumes : frais, congelés, en conserve, séchés ou déshydratés (ex. carottes râpées, petits pois surgelés).
  • Produits laitiers : lait, fromage, yogourt, kéfir, babeurre, lorsqu’ils apportent une quantité significative de calcium.
  • Œufs : entiers, frais ou congelés.
  • Noix et graines : amandes, noix de cajou, beurre de graines de tournesol (< 30 % de gras saturés).
  • Produits de la mer et poissons : saumon, morue, sardines.
  • Viandes et volailles composés d’un seul ingrédient et non hachés (ex. steak de bœuf, poitrines de poulet, filet de porc).

En résumé, ces exemptions permettent de focaliser le symbole sur les aliments transformés ou enrichis en sucres, sel et gras saturés, tout en laissant de côté les produits naturellement nutritifs ou vendus tels quels.

Les avantages du logo

  • Permet de repérer rapidement les aliments à surveiller
    • Plus besoin de passer en revue chaque étiquette pour savoir si un produit est riche en sucres, sel ou gras saturés. Le logo permet d’identifier en un coup d’œil les aliments à consommer avec modération.
  • Permet de comparer facilement des produits similaires
    • Il devient simple de choisir, par exemple, un bouillon ou une céréale à déjeuner avec moins de sucre ou de sodium, sans passer plusieurs minutes à analyser et comparer les valeurs nutritionnelles.
  • Pourrait encourager l’industrie à améliorer ses recettes (mais…!)
    • Dans d’autres pays, ce type d’étiquetage a poussé les fabricants à réduire le sucre, le sel ou les gras dans leurs produits afin de proposer des options plus saines. Il semble que plusieurs compagnies d’ici aient déjà revu leurs recettes pour éviter d’avoir à afficher le logo sur leurs emballages. Toutefois, il faut rester prudents. Personnellement, je me demande si ces changements seront majoritairement bénéfiques pour la santé. Prenons l’exemple d’un fabricant qui souhaite réduire ou éliminer l’huile de palme, riche en gras saturés. L’idéal serait de la remplacer par une huile végétale riche en gras insaturés, comme l’huile de canola ou de tournesol. Or, ces huiles sont beaucoup plus coûteuses.
    • Ma question est donc la suivante : les fabricants sont-ils prêts à payer plus cher pour améliorer la qualité de leurs produits ? Et comme consommateurs, le sommes-nous aussi ? Car, inévitablement, cette « amélioration » a un coût. À l’inverse, si le fabricant ne souhaite pas absorber ces coûts, il pourrait se tourner vers des solutions moins coûteuses, comme l’ajout d’émulsifiants ou d’agents texturisants, sans que le profil nutritionnel global soit réellement amélioré. On peut donc se demander : est-on vraiment mieux servis au final ?
  • Pourrait aider à soutenir la santé
    • En aidant à réduire les apports excessifs en gras saturés, sel et sucres, le logo pourrait contribuer à diminuer les risques de certaines maladies comme le diabète de type 2 ou les maladies cardiovasculaires. Cela dit, pour que l’impact sur la santé soit réel, il importe de rendre accessibles et à prix raisonnables les options saines pour tous, même pour les familles ou personnes à budget limité. Il faut aussi mettre en place un soutien à la santé publique comme combiner l’étiquetage avec d’autres initiatives telles que la promotion des fruits et légumes, la sensibilisation à l’activité physique et l’accompagnement des populations vulnérables. Ainsi, le logo peut être un outil puissant, mais il n’a d’effet réel que s’il s’inscrit dans une démarche plus large de changements alimentaires et environnementaux.

Les limites du nouveau logo nutritionnel

  • Il ne reflète pas la qualité globale de l’aliment
    • Voilà le point le plus important à mon avis! Un aliment peut être de faible qualité nutritionnelle globale tout en n’ayant pas de symbole. Cela peut donner l’impression que certains produits sans logo « sont bons pour la santé » alors qu’ils peuvent être bourrés d’additifs alimentaires, contenir plusieurs colorants artificiels, être faibles en fibres, contenir peu de vitamines et minéraux, etc. 
  • Il ne prend pas en compte les nutriments à favoriser
    • Le système ne mesure pas les éléments comme les fibres, les protéines, les vitamines ou les graisses insaturées. Et pourtant, la santé passe par l’intégration de ces nutriments gagnants et pas seulement par le retrait de ceux qui sont à limiter (gras saturés, sel et sucres). 
  • Il peut créer un stress inutile
    • Il existe aussi des perceptions personnelles et des comportements alimentaires qui peuvent limiter l’effet attendu. Par exemple, pour les personnes très sensibles à leur alimentation ou celles ayant vécu des troubles alimentaires, le logo peut être source d’anxiété ou de culpabilité. Aussi, pour les personnes ayant un budget limité ou vivant dans des zones où l’accès aux produits frais est restreint, il n’est pas toujours possible d’acheter des aliments peu transformés ou frais. Elles doivent souvent se tourner vers des produits transformés pour se nourrir et nourrir leur famille. Dans ce contexte, voir des symboles « élevé en sel, sucres ou gras saturés » sur les produits qu’elles peuvent réellement se permettre peut créer une pression supplémentaire et rendre leurs choix alimentaires quotidiens plus stressants. Il est important de rappeler que ces symboles ne signifient pas que ces aliments sont interdits, mais simplement qu’ils doivent être consommés avec modération.

L’éducation du consommateur est essentielle !

Ce nouveau symbole est un outil simple pour repérer rapidement les aliments riches en sucres, sel ou gras saturés. Il peut faciliter les choix à l’épicerie mais pour être efficace, le consommateur doit comprendre ce qu’il signifie et comment l’utiliser dans le cadre d’une alimentation globale. Sans cette éducation, certaines personnes peuvent l’ignorer, mal l’interpréter ou supposer qu’un produit sans logo est automatiquement sain. Il est important de se rappeler qu’une absence du logo ne signifie pas que le produit est “bon” pour la santé! Un aliment peut ne pas être « élevé en » sucres, sel ou gras saturés, et rester peu nutritif.

En terminant, j’aimerais vous rappeler que rien n’est plus efficace qu’une bonne lecture de la liste des ingrédients et du tableau de la valeur nutritive pour cibler les aliments les plus gagnants au supermarché. Et croyez-moi, lorsqu’on sait quoi regarder, il devient rapide de cibler et de comprendre les informations nutritionnelles. J’en profite également pour vous dire que ce sont des notions que j’explique en détails dans mon livre La Jungle alimentaire. Avis aux intéressés alias à ceux qui sont perdus en épicerie!

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